Géométrie créative 11.03.18

Cet article initie une série de tenues photographiées à Londres. Ce changement d’atmosphère apporte un renouvellement nécessaire, comme une forme de respiration, bien que Paris soit également une ville très photogénique. Aujourd’hui, plutôt que de m’étendre sur les lieux, je préfère partager ma réflexion du moment. Une interrogation qui me semble essentielle. Et, qui m'est rendue possible car je n'ai pas renouvelé ma garde-robe depuis un petit moment (enfin, au moment où je me suis rendue compte de cela ce n’était vraiment pas le cas, mais disons que j'ai fait un peu de shopping à Londres !)... Tandis que j'étais dans un de mes endroits préférés, c'est-à-dire mon dressing, je me suis demandée, en contemplant ces pièces que je connais désormais presque par coeur, si la créativité exprimée au travers de la création de tenues existe réellement,, ou du moins, ne finit-elle pas par tourner en rond ? Je possède actuellement une cinquantaine de jupes, ce qui peut paraître énorme (vous me direz que tout est relatif en la matière) et j'ai aujourd'hui l'impression d'être arrivée au bout des combinaisons possibles. Pourtant, je crois qu'il est inutile d'avoir fait Maths-sup pour savoir qu'avec un tel nombre de jupes, et deux voire trois fois plus de hauts, le nombre de combinaisons possibles dépasse largement le nombre de tenues que je porterai ces dix prochaines années. Aujourd'hui, j'ai un peu l'impression d'avoir tout exploré. De connaître les combinaisons qui marchent par coeur, de ne plus être en mesure de créer quelque chose d'inédit ou d'original. Peut-être que je suis trop exigeante ? En même temps, il faut reconnaître que c'est un challenge de réussir à combiner originalité, esthétisme, créativité…

Pantalon : Boohoo - Col roulé : Hugo Boss - Boots : Dr Martens - Sac : Monki - Rouge à lèvres : Feels so grand (M.A.C)




Et si j'emploie le terme de «challenge» ou même de «défi», c'est surtout parce que je considère la mode comme un art à part entière. Un art exigeant, qui demande sans cesse d'être en mesure de se réinventer (peut-être comme tous les arts d’ailleurs ?), ce qui est loin d'être évident, même pour nous, «simples consommateurs de vêtements». Alors, peut-être que finalement, la solution c'est de ne pas s’obstiner ? S’obstiner à éviter d’investir dans des pièces ultra-tendances par exemple (bien que par définition beaucoup trop éphémères). Peut-être, que ce sont-elles qui me permettront de sortir de cette impression de tourner en rond ? Puisqu'il s'agit de nouveautés... Mais… je ne peux pas non plus me contenter de ces réflexions, car en allant plus loin il faut bien admettre que ces soi-disants nouvelles tendances ne sont peut-être aussi que de simples illusions de l'instant, des pièces nous faisant croire momentanément que la créativité est de retour…



Ces derniers jours, je crois que je me mets parfois trop de pression, stylistiquement parlant, mais pas au point d'en oublier que mes tenues sont avant tout des moyens de raconter des histoires, de communiquer quelque chose (suivant le rôle que j'assigne à mes vêtements). Difficile de poser un mot de la fin avec cette réflexion qui soulève de nombreux paradoxes… mais s'il faut bel et bien conclure, j'ajouterais que si j’ai pu imaginer autant de tenues différentes, c'est peut-être (et je crois que j'en suis même sûr) que cette impression de routine est elle-même une illusion.




Quote of the month
« Pure, intense emotions. It's not about design. It's about feelings. »
Alber Elbaz